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toponymie
de LEZIREUR
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| En ce qui concerne l'appellation LEZIREUR,
nous sommes confrontés aux mêmes difficultés que pour
HENVIC. Nous sommes par conséquent contraints de recourir
aux mêmes sciences, à savoir la toponymie et l'onomastique,
qui ainsi se mettent au service de l'histoire. Tout d'abord, le radical LEZ(S), ou ses variantes LIS, LYS..., se réfère soit à une résidence importante soit à une place forte, ce qui à vrai dire, signifie quasiment la même chose en ces temps reculés et agités. LEZIREUR aurait donc été le site d'une des principales place fortes de la région au Moyen-Age : bas Moyen-Age, haut Moyen-Age, époque de Clovis ou de Charlemagne ? Nul ne saurait 1'affirmer de manière péremptoire ! Si l'on en croit certains auteurs, ces LEZ ou LYS... remonteraient aux premières immigrations insulaires, mais les preuves s'avèrent insuffisantes. Tout ce que l'on sait, c'est qu'il s'agit d'un toponyme celtique, antérieur au IXème , que l'on trouve aussi dans des documents gallois ou corniques sous la forme de LYZ ou LIS. En tout cas il désigne un groupe d'habitations de dimension variable. On peut donc affirmer que LEZIREUR fut un lieu de peuplement ancien, implanté naturellement tout près d'un point d'eau, plus ou moins aménagé, en tout cas disposant à une date indéterminée d'un système de pompage quelconque comme le suggère la dénomination bretonne de la fontaine de LEZIREUR, (Feunteun ar blomen), à laquelle d'ailleurs était associé une mare (Len ar blomen) transformée ultérieurement en lavoir, "an doué". L'eau de ces fontaines, (car il y en avait deux contiguës) était prisée des riverains et des habitants des alentours jusqu'au début des années 60 au moins. Malheureusement ce modeste ensemble architectural, mais si riche en souvenirs précieux qui est pourtant propriété communale est aujourd'hui laissé à l'abandon en dépit des efforts louables effectués par une précédente municipalité pour le tirer de l'oubli (escalier d'accès à l'eau). Triste sort pour un lieu de mémoire qui sans doute nous renvoie à nos sources et racines celtiques ! Contrairement aux PLOU, qui se rapportent essentiellement à une association religieuse, les LEZ se rapportent à une structure civile que l'on peut brièvement présenter en ces termes : ce sont des lieux dits importants dans et pour la communauté environnante, le plus souvent fortifiés et d'intérêt stratégique. C'est là que résidait le détenteur du pouvoir civil local, qui était aussi habituellement le représentant de la hiérarchie. On le dénommait dès le début du Moyen-Age, (en tous les cas avant la période féodale), le " princeps plebis " ou encore le "machtiem " ou " mahtiern " cf. les Cartulaires de Landévennec et Redon. Les racines de LEZIREUR s'enfonceraient donc jusqu'à cette strate du Moyen-Age. Cette hypothèse est renforcée par le fait que l'ancien nom "LIS/S/IL/L/LOUR " orthographié apparemment de manière aléatoire, viendrait d'un terme moyen-breton "issil" (exil),voisin du terme vieux français "essil " qui constitue le radical du verbe "essil/l/ier> dont la signification est exiler et/ou anéantir. Or LEZ implique un lien de pouvoir, comme nous l'avons vu, un endroit où s'exerce une forme d'autorité. Le nom aurait donc pu être attribué à celui qui occupait cette éminente et redoutable charge: hypothèse possible qui conjugue toponymie et anthroponymie. Une seconde hypothèse, qui n'exclut nullement la première, postulerait que l'ancienne appellation désignait le lieu de résidence d'un notable, d'un personnage illustre, probablement d'une dynastie de gens de pouvoir, de gens d'armes, dont on ignore les noms, eu égard au recul temporel. Mais les sources orales postérieures, que l'on trouve consignées dans les archives du Finistère (si fragmentaires soient-elles) semblent confirmer cette analyse. A la fin du Moyen-Age, un château se dressait sur ce site et nous savons pertinemment que de prestigieuses dynasties nobiliaires y séjournèrent par la suite, tels les KERIGOU dès le début du XVème siècle et surtout les GUISCANOU (ou GUICAZNOU) au XVIè. Les GUISCANOU étaient des seigneurs puissants et entendaient le rester. Ils bénéficiaient de multiples prérogatives féodales dont le droit de lizière dans l'église paroissiale (la possibilité de placer ses armoiries dans le vitrail principal) ainsi que dans d'autres chapelles de leur fief imposant, notamment St Jean Baptiste à LEZIREUR même et St Gildas à SALVENTEZ. Ils bénéficiaient surtout du triple droit de justice (basse, moyenne, haute) pour "donner crainte et terreur à ses subjectz" ! Ce droit de haut justicier avait été octroyé à Jehan de GUICAZNOU par Louis roi de France, époux d'Anne de BRETAGNE. Or, en 1522, lors d'un raid particulièrement dévastateur sur Morlaix et sa région, les Anglais attaquent le château de Lézireur et y mettent le feu ainsi qu'à "saize ou dix-huict maions des hommes domaniers et demeurans proches" (sic). Les archives privées des GUISCANOU sont brûlés notamment les titres de concession (" garantz") des droits justiciers. Les GUISCANOU vont revendiquer leurs droits acquis auprès du nouveau roi de France, François Ier. Une enquête officielle est diligentée afin d'affirmer le bien-fondé de leur "revendications légitimes". Elle à lieu en 1537 à LESNEVEN, siège de la sénéchaussée du Léon. Un officier de robe, un bailli qui fait fonction de procureur du roi, en assume la charge. C'est ici précisément que l'Histoire prend le relais pour confirmer la renommée et la puissance de LEZIREUR, "dans le temps" comme disent les anciens. Divers témoignages sont apportés : un prêtre de TAULE dont HENVIC est la trêve à cette époque (depuis 13 9 8), du nom de Hervé LE MINIHY, souligne l'ancienneté et le prestige de cette Maison "d'où il est sorty plusieurs bons et renommés gentz d'armes et serviteurs des princes et qui est plus riche et plus antique que beaucoup d'aultres des évêchès de Léon, Tréguier et Cornouaille" (sic). Le Sieur de KERRIOU en LOCQUENOLE, Jean Le NORMANT, âgé de 74 ans, vassal lige de celui de LEZIREUR, affirme textuellement "avoyr ouy des vieulx et enthiens de son quartier qu'il y avait en ladite Maison de LESILLUR seigneurs et gentz d'armes de grand renom et qu'à présent le dit Sieur (il s'agit de Jehan de Guicaznou) est bon gendarme d'aussi bonne estime et plus grande qu'il y aict en l'évesché de Léon... et lesdits seigneurs estaient riches tant en meubles que héritages d'autant et plus que seigneur qui soit en son quartier". Enfin, pour se limiter à trois dépositions, Philippe KERMELLEC, Sieur de Kerilly, autre vassal lige du seigneur de Lézireur, âgé de73 ans, indique que ladite seigneurie est "antique, riche et puissante", ce qui permet de la faire remonter aux premiers temps de la féodalité, car tous les témoignages concordent. A l'issue de l'enquête les prétentions des GUICAZNOU furent entérinées par la Sénéchaussée de Lesneven au nom du roi de France, jusqu'au prochain désastre, l'incendie de 1594, au cours des guerres de religion. Mais cela est une autre affaire ! Un dernier éclairage, un peu plus technique, mais non dénué d'intérêt: comment LIS/S/IL/L/OUR a donné LEZIREUR ? Nous savons qu'au cours de 1'évolution linguistique les LYS ou LIS (d'origine celtique) ont donné LES ou LEZ en moyen-breton. En outre, suivant la loi du moindre effort, qui régit beaucoup de choses sur cette terre! les phonèmes tels que les S finissent souvent par s'adoucir, se "lénifier" en Z, dit-on, notamment en présence d'une ou deux consonnes intercalées entre deux sons vocaliques : c'est le cas dans LIS(E)/S/ILL/O/UR qui va donc donner LEZIL/O/UR en moyen-breton. Et cette évolution se poursuivra au cours du XIIème siècle (époque où le lossignol de Chrétien de TROYES va devenir notre " rossignol") pour se transformer en LEZIR/O/UR (qui du reste est très proche du breton actuel) avant d'aboutir au vocable français actuel LEZIREUR. On observera finalement, qu'à la suite de cette lente évolution, la racine elle-même désignant un lieu d'importance avant le IXème siècle de notre ère, n'a guère bougé. La conclusion s'impose d'elle même: LEZIREUR n'est pas un endroit quelconque, c'est un de ces lieux privilégiés où a soufflé pendant longtemps le vent de l'Histoire de nos ancêtres. Alexis BRIANT |
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