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La première occurrence de l'ancien nom de la commune "Henguic(k)"
date de 1440 mais le nom actuel "Henvic" apparaît aussi
à la même période. Ce lieu existait bien sûr
antérieurement sans que l'on sache exactement depuis quand. Ce
qui est sûr, en revanche, c'est que (Henvic" était le
chef-lieu de la première communauté vivant sur "notre
petit morceau de presqu'île coincé entre Léon et Trégor
" (pour reprendre les termes d'AMER).
Sans parler des vestiges mégalithiques (dolmen et menhir) aujourd'hui
disparus, qui auraient témoigné d'une présence pré?celtique
au LINGOZ, certains auteurs affirment que les Romains auraient
installé un campement militaire sur les hauteurs de LANGROAS
mais, à vrai dire, rien ne permet de le prouver de façon
irréfutable : histoire, légende, "histoire écoutée
aux portes de la légende" selon la formule d'Hugo? Il paraît
difficile de faire la part des choses en ces temps reculés, faute
d'indices archéologiques ou littéraires probants.
Certes le mot latin "vicus" (village) pourrait évoquer
un lieu d'occupation gallo-romain mais nul ne sait ni où, ni quand!
Certains voient aussi dans les "vici" des postes militaires
datant du IVème siècle, donc précédant les
grandes immigrations des siècles suivants. D'autres vont jusqu'à
parler d'un "îlot galloromain" ou d'une "enclave
romaine" sur notre presqu'île et même affirment que
la langue vernaculaire aurait été plus, et plus longtemps,
influencée par le latin qu'alentour. Ceci expliquerait la meilleure
qualité du breton qui y était parlé. C'est ce que
le père Grégoire de ROSTRENEN suggérait en 1732,
citant le dicton local bien connu : " Er barrez a Daulé
entre ar daou dreiz Ez ma ar brava brezonnec zo er Breiz " (sic).
Même si cette sentence, recueillie par lui a dû flatter les
autochtones dans leur ensemble (et peut être flatte encore les bretonnants
du coin?), elle n'a guère de pertinence d'un point de vue linguistique,
pas plus que celle qui affirmait que le meilleur français du royaume
se parlait dans le Val de Loire.
La toponymie, en l'absence d'autres sources vient donc pallier les insuffisances
évoquées. Le mot HENVIC est constitué de deux
éléments HEN et VIC ; le premier étant
d'origine celtique et le second d'origine latine. Ce qui est également
intéressant de constater c'est que HEN vient aussi du latin
SENUS (vieux), en usage dans la langue bretonne bien avant COZ.
Le sens de HEN-VIC apparaît donc d'emblée, c'est le
"vieux village", ce qui autorise à faire remonter
son origine, sinon à l'occupation romaine (ce qui reste controversé),
du moins aux tout premiers temps de l'immigration "bretonne",.c'est
à dire en provenance de la Grande Bretagne (ou plus précisément
du sud-ouest à savoir du pays de Galles, de la Cornouailles ou
du Devon) et, sans doute de l'Irlande (Hybernie).
Or, nous savons à présent que l'essentiel de cet apport
d'outre-Manche se produisit au Vème et au VIème, dans le
sillage de ces moines et missionnaires, dont beaucoup de paroisses bretonnes
portent le patronyme.
Alors ce "vieux village" était-il situé aux alentours
immédiats du "Mennec" qui se réfère
à ces religieux ? C'est ce que laisserait présumer la micro-toponymie
qui suggère un haut-lieu de la chrétienté celtique.
Mais de qui dépendait ces moines ? Généralement les
fameux "saints" bretons fondaient une paroisse avec leurs fidèles,
une PLOU (ou toutes les variantes PLOE, PLE, PLU,
PLA ... ). Le problème est qu'il n'y a pas une seule
PLOU sur notre presqu'île , c'est le vide entre PLOU-ENAN
et PLOU-RIN ! De plus, le saint patron de notre paroisse, St
Maudez, célèbre s'il en est, n'a pas donné son
nom à Henvic mais à l'île Maudez où
il aurait débarqué avec ses disciples St Budoc et
St Tugdual, et à Lanmodez (près de Bréhat).
C'est du moins ce que les biographies latines écrites aux XIème
et XIIIème évoquent, sans jamais parler de sa soeur Juvelte
du reste.
Comment résoudre ce problème ?
Plusieurs hypothèses s'offrent à nous pour tenter d' y voir
plus clair; j'en citerai deux:
La première, présentée par certains auteurs,
viendrait confirmer que ladite presqu'île était restée
plus ou moins "enclave romaine", et ce, pendant un certain laps
de temps. En conséquence, la bretonnisation renforcée par
les vagues d'immigration britannique y fut retardée. Ainsi TAULE
se serait initialement et assez justement du point de vue géormorphologique,
appelé TABULACUM (mot latin signifiant le plateau). Ce mot
aurait donné TAULACUM puis TAULAC et TAULAI
(1128) et enfin TAULE (1353).
HENVIC (ou HENGUIC(K)) en aurait été le vieux
bourg dès l'origine et jusqu'en 1398, date d'émergence d'un
autre bourg sur le territoire de la presqu'île, à savoir
GUICTAULE. Ce sera le nouveau chef-lieu du plateau avec tout ce
que cela représente en termes de pouvoir et de hiérarchie.
Dès lors, HENVIC n'est plus qu'une sorte de succursale de
PLOETAULE.
La seconde hypothèse minimise I'influence romaine et postule
d'entrée que l'ensemble de la presqu'île a constitué
une paroisse dont le nom aurait été PLOETAULE et/ou
PLOETAULAI. Autrement dit TAULE aurait été
créé par un "saint" presque inconnu en Bretagne,
St TAULE; en fait pas tout à fait inconnu car on sait qu'il
y avait encore au XVIIème, à Plabennec, une chapelle dédiée
à St TAULE !
De toute façon, quelle que soit l'hypothèse retenue, le
chef-lieu de cette PLOE était Henvic (du moins jusqu'en
1398 comme on l'a vu). Cest la seconde hypothèse qui est privilégiée
par les récentes recherches.
Donc de chef-lieu du territoire dès l'origine, HENVIC serait
devenu par la suite, pour des raisons de recentrage, comme on dirait de
nos jours, fondées sur la géopolitique, l'économie
et la démographie, une simple trêve de TAULE, au même
titre que Carantec et Locquénolé, et ce, jusqu'au moment
où elle accéda à son autonomie politico-administrative,
en tant que commune, à la Révolution (1790).
On voit donc que, quand on aborde les toponymes, ou d'ailleurs les anthroponymes,
les choses sont d'une grande complexité et conservent toujours
une part de mystère malgré les progrès indéniables,
de ces sciences assez récentes. Par conséquent nul ne saurait
se satisfaire de réponses péremptoires et définitives
: la recherche est toujours ouverte !
Alexis BRIANT
LEZIREUR 2002
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