La paroisse de Henvic a dû être fondée il y a très longtemps, après les invasions anglo-normandes. Mais notre presqu’île fut très tôt habitée. Des mégalithes, aujourd’hui détruits, pouvaient en témoigner. (Tumulus de Kérichard et de Langroas). Les gaulois et les romains y ont aussi laissé leurs traces. (souterrains découverts dans des champs).

Les premières transformations du paysage, le pays étant jusqu’alors couvert de forêts, sont dus à l’arrivée des moines qui accompagnent les « bretons » de grande Bretagne, chassés de leur pays par les invasions des Germains et des Normands. Ces moines défrichent la terre, construisent des maisons, et apportent les première formes d’administration. C’est comme cela que Henvic devint le premier « Vicus » (village) de la presqu’île. C'est seulement vers le XIIIème ou XIVème siècle que l'on transféra le siège de la paroisse en un endroit plus élevé, plus éloigné dans les terres, et donc moins exposé aux attaques des pirates qui infestaient alors notre littoral.

Le manoir de Lézireur
Durant toute la longue période du moyen âge, jusqu’à la Révolution de 1789, l’existence de nos ancêtres henvicois était inféodée aux seigneurs de Lézireur. Ceux-ci avaient des droits, (des ligences et des cheffrentes), sur l’ensemble de leur fief. Comme haut justicier, le seigneur de Lézireur jouissait d’un pouvoir considérable. Ses armes, ses blasons, se voyaient partout, sur les vitraux des églises de Taulé et de Henvic.

Du manoir de Lézireur, il ne reste pratiquement plus rien de nos jours. Une belle vasque de granit, et quelques linteaux gothiques sur les maisons du hameau, sont les seuls vestiges d'un passé pourtant prestigieux.

"Au 15ème siècle, Lézireur appartenait à la famille de Kerigou. Le fief est ensuite passé à la famille Guizcanou. Celle-ci avait une devise plutôt prétentieuse: "Kenta tud a oa er bed, oa Guizcanou ha Kerret" (Les premiers habitants de la terre étaient Guizcanou et Kerret)

Meriadec de Guizcanou, Capitaine de la ville et du château de Morlaix, et gentilhomme de la Maison d'Anne de Bretagne, obtint du Roi Louis XII, la permission de lever une justice patibulaire à trois poteaux, sur sa terre de Lézireur, et de tenir une foire annuelle à Henvic.

L'incendie du château par les Anglais en 1522
Mériadec de Guizcanou eut pour fils Jean de Guizcanou, qui vit son manoir de Lézireur brûlé par les Anglais, lors de leur descente à Morlaix en 1522, et qui perdit dans l'incendie, parmi tous ses titres, l'acte de concession de haute justice. Aussi son fils, Jehan de Guizcanou sollicita et obtint du roi François 1er, des lettres le confirmant dans la possession de sa haute et basse justice et l'autorisant à dresser une potence patibulaire "pour donner crainte et terreur à ses subjetz". Les fourches patibulaires furent érigées dans la lande de Langroas, sur le grand chemin entre le bourg de Henvic et celui de Taulé. (Cet endroit s'appelle toujours "Goarem ar Justis", et est situé sur le site d'un ancien tumulus. Le chemin qui y menait, se nommait encore jusqu'à ces dernières années, "Streat an Anaon", le "Chemin des Trépassés")

Un deuxième incendie en 1594
À l'époque de la Ligue, le manoir fut occupé militairement par les Ligueurs. Mais au mois d'août 1594, la compagnie qui s’y tenait, ayant appris que le maréchal d'Aumont, commandant l'armée royale, venait d'entrer à Morlaix et assiégeait le château de cette ville, se hâta d'évacuer Lézireur après y avoir mis le feu. Heureusement, les paysans et les voisins accoururent aussitôt, et réussirent à éteindre l'incendie avant qu'il eut consumé l'habitation toute entière, mais les archives furent brûlées pour la seconde fois.

Messire Louis Gouriou, seigneur de Lézireur, présenta un aveu au roi en 1631, pour demander à nouveau le droit de haute justice. Mais la Chambre des Comptes ordonna une enquête. La noblesse locale vint alors défendre les intérêts du Seigneur de Lézireur, et ce droit de haute justice fut maintenu.

Le 1er août 1639, le seigneur de Lézireur annexa à son fief, celui de la seigneurie de Penzé, et de l'île Callot. Son fils, Eustache du Lys, seigneur de Beaucé et de Lézireur, fut sénéchal de Rennes en 1660.

Les revenus substantiels du Passage de la Corde
Le Passage de la Corde, ou Passage aux Boeufs, sur la rivière de la Penzé, appartenait aussi aux seigneurs de Lézireur, qui en tiraient un bon revenu, ce qui provoqua souvent la convoitise d’autres gentilhommes de Henvic et de Carantec qui prétendirent une part dans le produit de la ferme du bac. Cette redevance, de 6 deniers par homme ou par cheval, n'était pas due l'année où le bateau de passage était refait à neuf.

Les sieurs de Penzornou disputaient aux châtelains de Lézireur, la propriété du Passage de la Corde, et l'un d'eux, Laurent de Tréanna, poussa l'audace jusqu'à percevoir à son profit la redevance payée par les passants, mais il dut rendre gorge en 1693, sous la menace d'un procès, et restituer les sommes indûment reçues.

La misère à la fin de l'ancien régime
Les dernières années de l'ancien régime connaissent une grande misère dans le pays de Henvic, comme partout en Bretagne. Les épidémies continuent toujours à faire des ravages, à tel point qu’en 1653 un cimetière est établi près de la chapelle Saint Gildas, "attendu le besoin qu'on avoit à cause de la peste".

En 1774, Louis XVI règne sur le pays, et charge Turgot, Contrôleur Général, de lutter contre la paupérisation qui sévit dans le royaume. Une grande enquête est menée auprès des intendants du royaume, leur demandant de lui fournir un état "paroisse par paroisse, de tous les établissements de charité qui existent". Tous les évêques de France sont sollicités pour faciliter cette enquête. Celui de St Pol de Léon, Monseigneur de La Marche, se montre très coopératif, et adresse à ses recteurs un questionnaire très précis.

Les réponses que donne le recteur de Taulé au questionnaire de son évêque, nous apprennent que la trêve de Henvic, 15 ans avant la Révolution, regroupait 1227 âmes. Il dresse un tableau assez édifiant de l’état de pauvreté qui sévit alors, plusieurs de ses ouailles n’étant même pas « en état de faire l'aumône, mais se soutiennent seulement sans demander ». Il énumère parmi les sources de mendicité, « les corvées pour les grands-chemins, qui ont ruiné plusieurs petits fermiers". (Taulé et ses trêves devaient en effet entretenir le chemin de Morlaix à St Pol de Léon, sur près de 6 kilomètres. (3134m pour Taulé, 1510m pour Henvic, et 1077m pour Carantec).

De nombreux drames de mer
La proximité de la mer a toujours représenté une source de survie conséquente pour les paysans henvicois, dont beaucoup, jusqu’à un passé assez récent, étaient aussi « inscrits maritimes ». Outre la pêche, la mer apportait jusqu’à l’arrivée des engrais chimiques, le goémon, qui servait à enrichir la terre. Source de richesse, la mer fut hélas aussi source de bien des drames. Les registres d’époque, relatent un nombre très important de noyades consécutives à des naufrages qui ont eu lieu sur les côtes de notre commune ainsi que sur celles de Carantec.

Les faits les plus lugubres de ce chapitre, qui ont éprouvé cruellement la population de Henvic, sont la perte de la barque de François Guillou, de Kervor, en 1693, et de la gabare de Louis Paugam, en 1759. Deux terribles catastrophes où périt une grande partie de la jeunesse, embarquée pour la récolte du goémon. On en fit des gwerz qui se chantaient encore, quand Monsieur de Penguern, juge de paix à Taulé les recueillit en 1851. "Anna ar Chapalan" raconte un drame de mer lors d'une récolte de goémon. Les corps de ces malheureux était amenés à la Chapelle Ste Marguerite, avant d’être enterrés.

Le 30 Septembre 1698, ce ne fut pas un drame de mer qui eut lieu, mais l'évènement mérite d'être relevé. On inhuma les restes d'une malheureuse jeune fille, Françoise Le Boulch, qui avait été "attaquée, dévorée, mangée par un loup, environ la moitié de son corps, à Langroas, en un endroit que l'on nomme Run ar Pic".

Henvic à la veille de la Révolution

A la veille de la Révolution de 1789, la noblesse a beaucoup perdu de son faste et de son pouvoir. Du château de Lézireur, il ne reste plus grand chose. Par contre celui de Trogriffon semble encore bien florissant. En 1788, il est occupé par "Noble et Puissant Messire Pierre-Joseph-Jean chevalier Seigneur de Coëtanlem. Pierre de Coëtanlem était issu d'une des branches de cette famille bien connue dans la région morlaisienne. Jean de Coëtanlem, né vers 1455, fut en son temps un fameux corsaire, et c'est son neveu, Nicolas de Coëtanlem, avec qui il s'était associé, qui fit construire à Morlaix, pour la Duchesse Anne, la frégate baptisée "La Cordelière". Celle-ci, commandée par Hervé de Portzmoguer, sombra le 12 Aout 1512, en face de Brest, au cours d'un combat héroïque contre la flotte anglaise.

Bien que sans doute plus proches des paysans que ne le fut la noblesse ancienne, les occupants de Trogriffon gardent encore leurs droits seigneuriaux et féodaux. Pierre de Coatanlem n’est cependant pas très inquiété durant la révolution. Il est tout simplement assigné à résidence dans son manoir. Il mettra à profit ce temps, pour rédiger un dictionnaire breton, qui hélas, a disparu il n’y a pas très longtemps.

Dans la paroisse, les problèmes concernant l'ensemble de la communauté sont étudiés et débattus par une sorte de conseil des sages, appelé "fabrique". Cette instance joue un rôle considérable. C'est elle qui est chargée de la gestion des biens de l'église, qui sont très importants. Une liste, datée du 9 Mai 1790, énumère les biens "tenus à titre de fermage et les rentes foncières" par la fabrique de Henvic. Celle-ci posséde en effet beaucoup de terres louées à des fermiers. La fabrique de Henvic gère en outre les "biens temporels" de ce qu'on appelle alors le "lieu de Sainte Marguerite", c'est à dire la chapelle elle-même, mais aussi les bâtiments et les terres qui en dépendent.

Deux fois par an, les fabriciens doivent en outre procéder au collectage des impôts, auprès des paroissiens. Ces impôts sont considérables, tant les impôts royaux, que ceux dus à l'église.

Les bouleversements de l'Eglise
La vie quotidienne des henvicois doit certainement continuer comme auparavant, dure et laborieuse, et les évènements de 1789 ne semblent pas trop troubler la population. Par contre, la Constitution Civile du clergé, votée par l'Assemblée Nationale le 12 Juillet 1790, sera le point de départ d'une période de troubles.

La population bretonne, loin de se rallier à ce clergé assermenté, garde une fidélité envers ses prêtres. Ceux-ci doivent entrer dans la clandestinité en raison des mesures prises contre eux.

En 1790, arrivent les prêtres François Prigent, né à Henvic, et Hervé Hervet, son vicaire. Refusant de prêter serment à la Constitution, ces deux prêtres réfractaires doivent se cacher, pour exercer en secret leur ministère. Ils continuent à célébrer et à donner les sacrements à leurs paroissiens. Toute la population les soutient et les aide. Le 6 Janvier 1792, la trêve de Henvic, qui avait été indépendante pendant 300 ans est supprimée, et est incorporée à la paroisse de Taulé.

Le Sieur Elien, curé constitutionnel de Taulé, tient absolument à ce que les prêtres de Henvic demeurés fidèles en fussent éloignés. Refusant d'avoir recours à celui-ci pour baptiser leurs enfants, les "tréviens" de Henvic entament alors une lutte, et adressent au District et au Département une réclamation virulente.

L’enlèvement des cloches
Devant cet état de fait, le prêtre constitutionnel demande à ce que l’élise de Henvic soit fermée, et que les cloches soient enlevées. Le bourg subit alors une véritable expédition armée pour enlever les cloches de l’église. "Pendant les pourparlers, il s'est fait un attroupement d'hommes dans le cimetière, armés de bâtons et de fléaux. Le tumulte a été grand, les cris et jurements énormes, que si on prétendait toujours avoir les cloches et ce qu'il y avait dans la sacristie, dans l'instant, la poussière du cimetière serait teinte du sang humain ». Les gendarmes venus de Morlaix en compagnie du curé Ellien, ne durent en fait leur salut que dans la fuite, non sans avoir constaté la présence de « beaucoup de nouveaux crachats autour des confessionnaux, de la table de communion et dans différents endroits de l'église, et dont aucun desdits crachats n'étaient encore desséchés, ce qui prouve que les prêtres réfractaires y exercent encore le culte"

Le lendemain de cette rébellion, "le 29 Avril 1792, sont envoyés à Henvic, 120 gardes nationaux, 120 volontaires nationaux, une compagnie de canonniers, deux pièces de canon, et une brigade de gendarmes ». La municipalité, ne fait pas d'opposition à l'enlèvement des cloches et des ornements, mais déclare ignorer où sont les prêtres assermentés, et ne pas connaître les individus qui se seraient livrés à des voies de fait lors de la première descente.

Quoiqu'il en soit, M Prigent et Mr Hervet ne désertent pas leur poste, et bien qu'ils aient repoussé leur serment civique, ils peuvent continuer d'exercer leur ministère jusqu'à la fin de l'hiver 1792. Toute la population de la presqu'île vient à l'église de Henvic, malgré la fureur du curé de Taulé.

Au moment de la révolution, le bourg de Henvic n’est pas très étendu et sa physionomie ne changera pas beaucoup jusque vers les années 1900. Deux maisons au plus se trouvent dans le voisinage du cimetière qui entoure l’église, le presbytère, et la maison du four banal. Quatre autres habitations sont bâties vers 1830, la Mairie, en 1868, l’école des filles, (l’actuelle école publique), en 1879, la maison de Mr JM Nicolas, commerçant, a été bâtie en 1887 sur l’emplacement de deux maisonnettes construites en 1834 et1835. La population est essentiellement rurale, et habite dans des fermes à la campagne. La paroisse possède beaucoup de biens. Une déclaration du Maire et des officiers municipaux, datée du 9 Mai 1790, énumére les biens tenus à titre de fermage et les rentes foncières. A cette époque, la Fabrique de Henvic avait 9 fois plus de rentes qu’elle n’en a un siècle plus tard. Les membres du Conseil de Fabrique de Henvic, certifient que tous les biens immeubles dont elle jouit alors, et que la Fabrique a achetée de ses deniers, étaient en sa possession avant la Révolution.