VASQUE DE LEZIREUR
(Monument historique du XVème

La toponymie révèle à la fois l'ancienneté et la renommée de LEZIREUR. En effet le nom actuel dérive de LISILUR ou LEZILLUR, qui contient d'une part le toponyme LIS ou LEZ qui f ait référence à une résidence fortifiée du haut Moyen-Age (époque de Charlemagne), à savoir celle du " princeps plebis " ou. du " machtiern " i.e. un notable, et d'autre part, la désinence ILLUR ou ILOUR qui signifie " illustre , brillant ".

LEZIREUR fut la principale demeure seigneuriale de la primitive communauté de HEN-GUIC(K), nom propre associant un adjectif celtique HEN (vieux cf latin senus) et un substantif latin vicus (village, bourg). HENGUIC(K) est donc le vieux bourg de l'ancienne paroisse PLOE-TAULE dont il deviendra une trêve.

La vasque elle-même est le dernier vestige remarquable d'une importante et prestigieuse seigneurie. C'est un bassin mouluré en granit de Kersanton, monté sur un piédestal et flanqué d'une auge. 
Elle est agrémentée d'une gargouille en forme de masque et de deux écussons aux armes des GUISCANOU (ou GUICASNOU) d'argent fretté d'azur comme on peut le voir dans la salle du conseil municipal. Leur fière devise traduisait leur ambition : " Non, toujours plus haut " et un vieux dicton soulignait leur ancienne extraction : " Kenta tud e oc er bed, a oa Guiscanou ha kered " (les premiers habitants de la terre étaient les Guiscanou et les Kerret).
Toujours est-il que LEZIREUR appartint aux Guiscanou de 1460 à la fin du XVIè. Mériadec(k) de Guiscanou, capitaine de la ville et du château de Morlaix, était aussi gentilhomme de la Maison d'Anne de Bretagne avant de devenir écuyer du roi de France, Louis XII dont il obtint le droit d'élever un gibet à trois poteaux au lieu-dit Langroas (Goarem ar justis). Ce privilège fut confirmé en 1536 par François 1er car les lettres patentes de Louis XII furent brûlées lors d'un incendie.
  
De son vaste domaine il ne reste que quelques fragments de remparts, percés de meurtrières évasées qui témoignent de la fonction stratégique et la vocation défensive de Lézireur.
 En contrebas, on peut voir aussi le moulin du château, au pignon ouest de style gothique flamboyant.
Cet antique château fut donc incendié à plusieurs reprises, notamment en 1522 lors d'un raid dévastateur des Anglais sur Morlaix, puis en 1594 pendant les guerres de religion : une garnison de Catholiques de la Sainte Ligue s'y étaient installés et quittèrent brutalement les lieux lorsque les troupes royales d'Henri IV s'emparèrent de Morlaix.
 Deux boulets de canon, vestiges uniques de ces époques troublées, ont été exhumés au fond du courtil à l'aplomb des meurtrières : l'un est de granit (XVè), l'autre de fer (XVIè). 
Le visiteur intéressé par ce lieu de mémoire pourra aussi remarquer sur toutes les constructions anciennes du hameau actuel, des voûtes ogivales, des arcs brisés ou de plein cintre ou encore des linteaux en double accolade sur les portes ou les fenêtres. Il s'agit vraisemblablement de pierres de style gothique récupérées sur les ruines de ce vénérable château qui comptait en sus du moulin, deux chapelles (cf Park ar chapel) et un colombier (prérogatives exclusivement seigneuriales).
Ce monument historique classé est toujours situé dans l'ancienne cour pavée du château (on peut apercevoir quelques restes) et cet endroit est encore appelé par les bretonnants " ar SAL " c'est à dire le MANOIR.
Alexis BRIANT
LEZIREUR
2002