Depuis l’invention de la photographie, la vieille église de Henvic a inspiré beaucoup d’artistes, qui en ont édité de nombreuses cartes postales. Nous ne connaissons pas hélas grand chose de sa construction et de son histoire.

En 1913, Louis Le Guennec décrivait ainsi la vieille église de Henvic, dans "Le Finistère Monumental" (Tome 1, p 383 et 384), concernant Morlaix et sa région :

« De l'ancienne église, presque entièrement du XVIIe siècle, avec quelques parties antérieures, on n'a conservé que le clocher et la partie adjacente de l'édifice qui, peuplé de vieilles statues de saints, sert actuellement de chapelle de catéchisme. Ce vieux clocher, d'un aspect savoureusement pittoresque, a fait la joie de bien des artistes. Sa conservation est due en partie à ce qu'il sert d'amer pour les navires entrant dans la baie de St Pol de Léon.

« La paroisse de Henvic honore d'une façon toute particulière, et depuis un temps immémorial, ses patrons St Maudez et sa sœur Ste Juvelte. Ces deux enfants du roi d'Hybernie Erelé, et de Gentuse son épouse, vivaient au sixième siècle. Les statues de St Maudez, en abbé, et de Ste Juvelte, en religieuse, qui se voyaient dans l'ancienne église, ont été replacées dans la nouvelle, ainsi que les curieux panneaux sculptés qui représentaient les principales scènes de la vie de ces saints personnages avec de curieuses légendes explicatives. « Cet autel a été restauré habilement, en 1923, par Surel, peintre décorateur à Morlaix. Ste Juvelte est invoquée pour les tumeurs aux genoux.

« Auprès du vieux clocher, une sorte de petit autel, érigé en plein air, est orné d'un bas-relief gothique en Kersanton, d'ailleurs assez mutilé, de la "Mise au Tombeau". La pierre de cet autel, est une pierre tombale d'ardoisine noire, chargée d'un écusson armoiries de trois quintefeuilles, une étoile en abyme, blason des Seigneurs de Quistillic, du nom de Crémeur. Plusieurs statuettes en pierre, entre autres un saint Jean Baptiste en tuffeau, gisent la, brisées, entre les tombes.

Nous pouvons compléter cette description de l’édifice par celle d’un autre témoin de l’époque où sa toiture était encore en place. L'Abbé Pierre Nicolas nous apporte les précisions suivantes dans ses écrits sur notre vieille église, inspirés des Chanoines Peyron et Abgrall).

« Lorsque l'on a construit la nouvelle église, l'ancienne était insuffisante et en grande partie délabrée, mais on en a conservé la portion la plus intéressante, le bas de la nef, le clocher et le porche occidental qui y est adossé.

« Le porche ajouré de 9 arcades, et surmonté d'une chambre des archives appartient à la dernière période du Gothique flamboyant, de même que le clocher avec sa tourelle d'escalier. « Mais la balustrade en saillie et le beffroi, couronné par une flèche minuscule, donnent la sensation du plein style Henri IV ou Louis XIII. Cet ensemble est loin d'être dépourvu de caractère, et comme le vieux clocher de Taulé, (abattu en partie par la foudre), son proche voisin, également conservé, offre un motif plein d'intérêt aux dessinateurs et peintres amis du pittoresque.

« La vieille église possédait un certain nombre d'objets mobiliers non dénués de valeur. Dans une chapelle latérale, un enfeu abritait une tombe avec dalle de marbre noir, aux armes des Crémeur, Seigneurs de Quistillic: "trois quintefeuilles et une étoile en abysse". En 1904, cette dalle brisée en deux, gisait dans le cimetière. Au maître autel, les statues des Saints Patrons de Henvic, St Maudez, et sa sœur Ste Juvelte. (Ces statues sont aujourd'hui dans la nouvelle église).

« Sous la statue de St Maudez, dans une sorte de diptyque gothique, 6 bas-reliefs retracent différents actes de sa vie, avec ces inscriptions :
- St Maudez guérit les infirmes,
- Reçoit la bénédiction de son père,
- Rend la vue aux aveugles,
- Délivre un possédé,
- Bénit ses disciples,
- Mort de St Maudez.
« Sous la statue de Ste Juvelte, il y a également quatre tableaux :
- Ste Juvelte a ressuscité un jeune seigneur,
- Elle a délivré des possédés, des fols, des enragés,
- Elle a donné la vue aux aveugles, l'ouie aux sourds, et la parole aux muets,
- Ste Juvelte "défendait aux oiseaux et bestes d'endommager le bled des pauvres gens".

« A l'autel nord, un tableau haut de 1,20 mètre, et long de 2 mètres, donné par le gouvernement et placé en cette église le Dimanche de la Trinité, 1844, sous le rectorat de Mr Le Bris. Au milieu est une Vierge Immaculée, et des deux côtés, des anges tenant une légende latine, où l'on peut déchiffrer:" a principii dilexit eam".

« Une statue de la Vierge Mère, de 1,30m de haut, et une statue de Ste Marguerite de 1,30m également, avec une draperie genre XVIIe siècle, accompagnant primitivement un Christ en croix, de 0,80métre.

« D'autres tableaux existaient dans la vieille église, dont une magnifique peinture de Jésus-Christ mis en Croix, et supposé être de Yan Dargent. Au dessus de la Croix, on peut lire cette inscription, "Mon seul amour m'a mis en Croix, de la sorte que tu me vois, Mortel, si tu me veux d'amour payer, l'amour est d'amour le loyer".

« En ''honneur des morts de la guerre 14-18", un tableau de Julien, professeur de dessin à Lesneven, a été offert à Henvic. Ce tableau représente une tombe au cimetière de Henvic, avec vue sur le porche de l'ancienne église. On y voit deux femmes en cape noire de deuil, suivant l'ancien costume, et l'autre en coiffe du pays.

« Au Baptistère, un tableau du Baptême de Notre Seigneur, par Jean-Baptiste, dû au même Julien.

L’abbé Pierre Nicolas décrivait avec beaucoup de poésie le clocher de cette vieille église.

« Parmi les édifices religieux du pays de Morlaix, dont une récente décision de la commission des Monuments Historiques a prononcé le classement, figure en bon droit le vieux clocher de Henvic, d'une note si admirablement rustique et basse bretonne, avec la triple arcade ogivale de son porche en avancée. La tourelle où s'enroule une étroite vis d'escalier, inaccessible aux gens obèses, sa galerie aux moulures effritées par les siècles, son beffroi Louis XIII au lanternon déjeté, tout historié de mousses marines. Tel, nous le voyons encore, tel il était voici plus d'un siècle, lorsqu'il eut l'honneur, le 20 Avril 1792 d'être désigné comme but à une vieille expédition guerrière. C’est ce jour là en effet que les soldats de Morlaix vinrent réquisitionner les cloches de l’église, mais furent refoulés par les paysans venus en nombre défendre leur église…

« Du haut des galeries, s'étale aux yeux un panorama merveilleux.

« Au Nord, la nappe bleu de la Manche avec ses franges de rochers où les vagues déferlent; L'Ile Callot avec sa vieille chapelle surmontée d'une flèche rappelant celle de Henvic. Le Bourg de Carantec admirablement situé en pointe entre deux rivières la Penzé et le Dourdu (rivière de Morlaix), à l'embouchure duquel se déroule la baie du Frout, jadis protégée par le vieux château du Taureau.

« A l'Ouest, la ville de St Pol délicieusement assise au bord de la grève de Pempoul, et dominée par les flèches jumelles de la cathédrale de St Pol, et surtout par le clocher à jour du Kreisker. Au Sud, le pont neuf de la Corde et le viaduc du Chemin de Fer et tout au haut, la belle église et le clocher de Plouénan. Plus loin, à l'horizon, à gauche, dans un ciel estompé généralement par la brume, se dessinent les deux flèches de Plouvorn et de Lambader. Au Sud Est s'étagent les dernier contreforts des Montagnes d'Arrée avec le site merveilleux de la Roche Trévézel.

« A l'Est, le vieux clocher de Taulé que domine la flèche élancée de la nouvelle église. Puis les collines boisées du Tréguier, le phare de la Lande, et enfin la pointe avancée de Primel, toujours blanche d'écume ».

Ce qui reste aujourd’hui de ce vieux monument où nos ancêtres pendant des siècles se retrouvaient à chaque moment important de la vie, est dans un bien triste état. La nef n’a plus de toit, et le clocher, qui garde encore toute sa majesté, aurait un besoin urgent de soins, si nous voulons léguer aux générations futures, ce fleuron de l’architecture religieuse bretonne.

Il est cependant heureux que lors de la construction de la nouvelle église, à l’aube du 20 ème siècle, nos ancêtres, qui ne parlaient pas encore de patrimoine, aient eu l’idée judicieuse de ne pas démolir l’ancienne, comme cela s’est fait dans d’autres paroisses. C’est qu’il leur manquait tout simplement une salle pour faire le catéchisme… On peut être surpris par les petites dimensions de ce qui reste de la nef. En fait elle était beaucoup plus grande à l’époque où elle était dédiée au culte. Au moment de la construction de la nouvelle église, cette nef a été réduite pratiquement de moitié, et le pignon occidental a été reconstruit. Ceci est attesté par des photographies anciennes.

Très attachés à leur vieille église, les henvicois espèrent bien sûr qu’un jour prochain des travaux de conservation pourront y être menés. C’est la volonté de la municipalité, qui sollicite pour cela l’aide des Bâtiments de France.